du bois de Berny

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Petit Epagneul de Münster

L'avenir du Petit épagneul de Münster

L'avenir du Petit épagneul de Münster

Le petit münsterlander : une mode indémodable?

 

 

 

"Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre". Hé oui ce sont bien les paroles d'Aznavour qui me sont venues en tête quand on m'a demandé d'écrire au sujet de la race. En effet durant de nombreuses années leur nombre à dresser pour le petit gibier était aussi faible que leur effectif. Cela était d'autant plus vrai que leur utilisation se réduisait essentiellement à la chasse au gros gibier. A l'époque et encore avant (celle de mon père...) quand on voyait arriver un münsterlander son programme était simple : arriver à transformer ce qui devait être un chien d'arrêt en chien qui soit capable d'arrêter tout simplement!

 La fin des années deux mille marque une rupture pour la race. Que ce soit une réorientation de politique de club(?) ou un effet de mode(?) c'est bien une nouvelle période qui se met en "marche". Cela se traduit sous différentes formes: l'arrivée en fields trials de certains sujets qui obtiennent des résultats, le "bouche à oreille " qui crédite la thèse qu'un münsterlander en plus d'aller au gros gibier peut se révéler être un compagnon efficace pour la "plume" et enfin et surtout cela me permet de voir arriver chez moi un nombre plus conséquent de propriétaires de chien qui viennent les faire dresser uniquement pour chasser le petit gibier.

Un chien de chasse pratique idéal?

Ecrire ou raconter que la race a toutes les qualités requises pour un chasseur lambda, c'est normal quand on est un fervent défenseur de sa race mais quand est-il dans les faits aujourd'hui?  Depuis presque cinq ans j'ai maintenant eu l'occasion d'en dresser un certain nombre venus d'horizons différents et voilà comment je définirai un petit münsterlander de nos jours:

Un mental fort et attachant : De ce point de vue, il a su garder tout ce qu'il le définit, c'est  à dire à la fois gentil, équilibré, curieux, intelligent, débordant d'envie avec un caractère "trempé». En pratique cela  donne un chien qui cherche à faire plaisir car il est près de son maitre et se révèle facile à déclarer pour la chasse car demandeur de ce genre d'exercice. Cela donne aussi une fois ses qualités révélées, un chien qui peut vite devenir têtu et dur à contrôler dans la pratique de la chasse car emporté par sa fougue.

Des qualités naturelles: Elles se sont nettement améliorées avec le temps et sont représentées par le "nez" et l'intelligence. Caricaturé par le pistage intempestif souvent preuve d'un "nez" défaillant, le münsterlander est désormais capable de travailler une émanation et de finaliser par un arrêt ferme sur le gibier. Ses qualités olfactives n'ont plus rien à envier aujourd'hui à bon nombre d'autres races du septième groupe. De plus il se révèle être un compagnon malin capable de s'adapter à toutes les circonstances de chasse (biotope ou gibier par exemple)

La dressabilité: Grâce à son fort caractère sa capacité à recevoir le dressage se trouve simplifié. Facile à déclarer pour la chasse avec certaines aptitudes pour l'arrêt l'ensemble prend forme souvent sans problème. Une fois validé il ne remettra que rarement en cause ce qu'il a appris et deviendra vite une  machine "meurtrière" pour son utilisateur.

Un chien de concours idéal?

Si l'épagneul de munster semble être un bon compromis pour la chasse, l'est-il pour les fields et a t-il besoin de ce genre d’épreuves?

Du BICP aux fields trials : Le BICP est la base sur laquelle s’appuie la race (avec brio d’ailleurs). Si ce concours illustre complètement l’aspect général de ce que l’on peut demander à un chien de chasse (avec un examen sur terre jumelé d’un examen à l’eau), il n’y a que les fields trials qui peuvent façonner ce que sera le münsterlander de demain. De par la diversité des épreuves ils obligent à une remise en question continuelle des progrès d’une race : Le printemps pour accentuer les qualités naturelles, le gibier tiré pour augmenter la capacité à recevoir un dressage poussé et le gibier naturel pour vérifier l’ensemble dans des circonstances de chasse pratique. Et là le constat est accablant : En 2013, aucun chien à l’open de France de printemps et seulement deux (Filty du bois berny et Darkos) à celui d’automne.

Fields trials, un passage obligatoire : S’il est devenu une alternative sérieuse pour les chasseurs de petit gibier il faut à mon idée tendre à vouloir en faire une référence au même titre que l’épagneul breton ou le braque allemand par exemple. Même si le chemin parait long c’est bien la promotion des fields qui permettra cela. En multipliant leur nombre sur le terrain, des lices et des étalons se révéleront et il se créera mécaniquement un socle d’élevage sur lequel s’appuyer dans l’avenir. Anton Von Hexenkuppen a  été par exemple un formidable accélérateur promotionnel pour la race autant de par ses résultats obtenus (en concours ouvert surtout) que par ses descendants qui se sont retrouvés sur les terrains de chasse.

De la théorie à la pratique : Tributaire de son atavisme le münsterlander a encore de nombreux progrès à faire. En effet il existe encore toute une somme de détails qui, s’ils n’ont pas d’influence dans une utilisation pratique pour chasser, se révèlent rédhibitoires quand on veut accéder à l’excellence requise en concours. Parmi ceux-ci le symbole parfait est caractérisé par cette capacité à aller chercher en pistant les réponses aux situations que ce cher compagnon a du mal à maitriser quelques fois en acte de chasse et qui ne sont pas permis en concours. En effet elles anéantissent en quelques secondes ses capacités olfactives, d’obéissance et d’arrêt entre autre.

Le münsterlander a donc bénéficié depuis ces dernières années d’un effet de mode justifié par les progrès accomplis par cette race. Grace à un travail de fond, tout en gardant sa nature et sa polyvalence, il a su s’ouvrir sur de nouvelles perspectives avec les chasseurs de petit gibier comme point de mire. Néanmoins la notion de mode est associée à l’éphémère et afin de le rendre indémodable il ne peut s’agir là que d’une étape pour le futur. Pour s’inscrire dans la durée le prochain « chantier » sera d’amener un maximum de sujets en concours pour pérenniser sa base et la race tout simplement. Aspirer à devenir une référence (comme d’autres races actuellement) dans l’esprit des chasseurs, voilà quel est le défi qui s’annonce et j’espère que les moins de vingt ans pourront le connaitre…Car sinon je ne serais peut-être plus là pour en parler.

  Jean-Christophe Piat